Une commune près d’Angers m’avait demandé de refaire l’escalier de sa salle des fêtes. Le résultat était beau, en chêne massif, avec une seule main courante côté mur. Il a été refusé à la réception : pas de main courante de l’autre côté, et des nez de marche de la même teinte que les marches, invisibles pour une personne malvoyante.
Un escalier PMR n’existe pas tout à fait : aucun escalier ne permet à une personne en fauteuil de changer d’étage, il faut pour cela un ascenseur ou une rampe. On parle d’escalier accessible, c’est-à-dire conforme aux règles prévues pour les personnes à mobilité réduite et les personnes malvoyantes. Dans un établissement recevant du public neuf, cela donne 1,20 m entre mains courantes, des marches de 16 cm au maximum, un giron de 28 cm au minimum, une main courante de chaque côté et des repères contrastés.
| Élément | À retenir |
|---|---|
| 🛡️ Principe | Un escalier accessible sécurise la montée, il ne remplace ni l’ascenseur ni la rampe |
| 📐 ERP neuf | 1,20 m entre mains courantes, marche de 16 cm maximum, giron de 28 cm minimum |
| 📐 Immeuble neuf | Parties communes : 1 m entre mains courantes, marche de 17 cm maximum, giron de 28 cm minimum |
| 📐 Dans un logement | 0,80 m de large minimum, une main courante entre parois, éclairage sans zone sombre |
| 🛡️ Repères | Nez de marche contrasté sur 3 cm, bande d’éveil à 0,50 m, première et dernière contremarche contrastées |
| 🧮 Calcul | Pour 2,60 m : 17 marches de 15,3 cm, giron de 30 cm, recul de 4,80 m |
| ⚠️ Piège | Une seule main courante, ou des nez de marche de la même teinte que les marches |
Un escalier peut-il être PMR ?
PMR veut dire personne à mobilité réduite. Sous ce terme, les textes rangent des situations très différentes : une personne en fauteuil, une personne âgée qui marche mal, une personne malvoyante, un parent avec une poussette. Un escalier ne convient qu’à une partie d’entre elles, celles qui marchent encore.
Pour une personne en fauteuil, seul un ascenseur ou une rampe permet de changer de niveau. Un escalier conforme ne la dispense pas du reste de la chaîne d’accessibilité. Quand on dit « escalier PMR », on désigne donc un escalier sûr pour ceux qui peuvent le monter : marches régulières et peu hautes, main courante de chaque côté, repères visibles, bonne lumière.
Les règles diffèrent selon le bâtiment : un établissement recevant du public, un immeuble d’habitation ou une maison. Je les prends dans cet ordre, en citant le texte à chaque fois, parce que les sites commerciaux se contredisent souvent sur les chiffres.
Quelles normes pour un escalier PMR dans un ERP ?
Pour un établissement recevant du public neuf, le texte de référence est l’arrêté du 20 avril 2017, qui fixe les exigences de l’escalier à son article 7.1. Voici ce qu’il impose :
- Largeur minimale de 1,20 m entre les mains courantes
- Hauteur de marche de 16 cm au maximum, giron de 28 cm au minimum
- Nez de marche contrastés sur au moins 3 cm en horizontal, non glissants, avec un débord d’une dizaine de millimètres au plus
- Contremarche d’au moins 10 cm de haut, contrastée, à la première et à la dernière marche
- Bande d’éveil de vigilance en haut de l’escalier et sur chaque palier intermédiaire, à 0,50 m de la première marche
- Main courante de chaque côté, entre 0,80 et 1 m de haut mesurés depuis le nez de marche
Les mains courantes doivent être continues, rigides et faciles à saisir, et se prolonger d’un giron au-delà de la première et de la dernière marche. Elles se distinguent du mur par un contraste visuel ou un éclairage particulier. Avec un fût central de 40 cm de diamètre au plus, une seule main courante suffit, côté mur.
Pour un établissement existant, c’est l’arrêté du 8 décembre 2014 qui s’applique, avec des exigences allégées : selon les synthèses du texte, 1 m entre mains courantes et 17 cm de hauteur de marche. Sans travaux sur l’escalier, les dimensions d’origine peuvent être conservées.
La bande d’éveil, elle, est mal décrite sur Internet. Le texte de l’arrêté la demande à 0,50 m de la première marche, mais ne donne pas ses dimensions : méfiez-vous des fiches commerciales qui annoncent des chiffres précis sans citer d’article. Pour la hauteur des mains courantes, voyez aussi l’article sur la hauteur d’une rampe d’escalier.

Quelles règles pour un escalier dans un immeuble ou un logement ?
Pour les parties communes d’un immeuble d’habitation neuf, c’est l’arrêté du 24 décembre 2015 qui s’applique, à son article 6. Il demande 1 m entre mains courantes, une hauteur de marche de 17 cm au maximum, un giron de 28 cm au minimum, des nez de marche contrastés sur 3 cm et une bande d’éveil à 0,50 m de la première marche. Toute volée de trois marches ou plus reçoit des mains courantes.
À l’intérieur d’un logement sur plusieurs niveaux, l’article 12 du même arrêté est beaucoup plus léger. L’escalier doit mesurer 0,80 m de large au minimum, comporter une main courante s’il est inséré entre des parois pleines, et recevoir un éclairage qui supprime toute zone sombre, commandé à chaque niveau. Les nez de marche ne doivent pas déborder de façon excessive.
Une maison individuelle construite par un particulier pour son propre usage échappe à ces obligations. Le Code de la construction vise en effet les maisons destinées à être louées, mises à disposition ou vendues. C’est un point à vérifier sur Légifrance, ou avec le bureau de contrôle, avant de s’appuyer dessus.
Cela ne veut pas dire que ces cotes sont inutiles chez soi. Elles correspondent à ce qui facilite la vie d’une personne âgée ou d’un genou fragile, et je m’en sers comme repère sur mes chantiers. La hauteur des marches se calcule avec la méthode de l’article sur la hauteur de marche, dont les valeurs de confort sont proches.
Comment calculer un escalier accessible ?
La contrainte principale est la hauteur de marche plafonnée à 16 cm en ERP. Elle impose plus de marches, donc plus de longueur. Prenons une hauteur de dalle à dalle de 2,60 mètres, et comparons avec un escalier courant :
- Divisez 2,60 m par 16 cm : on obtient 16,25, soit 17 marches au minimum, car on arrondit toujours au-dessus.
- Recalculez la hauteur exacte : 260 ÷ 17 donne 15,3 cm par marche.
- Fixez le giron à 30 cm : la formule de Blondel, 2h + g, donne 60,6 cm, dans la fourchette de 60 à 64 cm.
- Calculez le recul au sol : 16 girons de 30 cm font 4,80 m.
- Vérifiez la largeur : 1,20 m entre mains courantes en ERP, 1 m dans les parties communes d’un immeuble.
- Prévoyez la prolongation des mains courantes d’un giron en haut et en bas de la volée, soit 30 cm supplémentaires à chaque extrémité.
L’escalier courant de la même hauteur, avec 15 marches de 17,3 cm et un giron de 28 cm, tient en 3,92 m. L’escalier accessible demande donc 88 cm supplémentaires au sol et deux marches en plus. C’est le prix de la sécurité, et il vaut mieux l’intégrer dès le plan plutôt qu’au moment du contrôle.
La méthode de calcul du nombre de marches est détaillée dans l’article sur le nombre de marches. Vous pouvez aussi tester ces valeurs dans le simulateur de calcul d’escalier.

Comment signaler un escalier aux personnes malvoyantes ?
Une personne malvoyante ne distingue pas un escalier blanc sur fond blanc. Le contraste, c’est ce qui lui permet de repérer le bord d’une marche. Je traite toujours trois zones : le haut de l’escalier, le nez de chaque marche, et les mains courantes.
En haut, la bande d’éveil de vigilance prévient d’un changement de niveau, par un revêtement tactile et contrasté posé à 0,50 m de la première marche. Sur les marches, un nez de marche d’une couleur nettement différente, sur au moins 3 cm, rend chaque bord visible. La première et la dernière contremarche sont aussi contrastées, parce que ce sont celles qu’on rate le plus.
La lumière complète le dispositif. Un escalier sans zone d’ombre, commandé à chaque niveau, évite les chutes de nuit. Je détaille les solutions dans l’article sur l’éclairage d’un escalier intérieur.
Comment adapter l’escalier de sa maison à une mobilité réduite ?
Chez un particulier, rien n’oblige à appliquer ces règles, mais elles servent de guide. Quand on prépare un escalier pour vieillir chez soi, voici ce que je vise : une largeur de 90 cm au minimum, des marches de 15 à 16 cm avec un giron de 28 à 30 cm, et une main courante de chaque côté. Pour la largeur, les repères sont dans l’article sur la largeur d’un escalier intérieur.
Ajoutez un nez de marche contrasté et antidérapant, souvent une simple bande de couleur ou un profilé. Choisissez un revêtement qui ne glisse pas, et évitez les marches vernies brillantes sur un escalier très fréquenté. Un éclairage à détection au pied et en haut suffit à sécuriser les déplacements de nuit.
Si l’escalier existant ne peut pas être modifié, il existe d’autres solutions de montée assistée, que je ne traite pas ici. Dans tous les cas, ne perdez pas de vue qu’un escalier, même aux meilleures cotes, reste un obstacle pour qui marche difficilement. Les gardes-corps ont leur propre réglementation, détaillée dans l’article sur la norme NF P01-012.
Questions fréquentes sur l’escalier PMR
Un escalier peut-il être conforme PMR pour un fauteuil roulant ?
Non. Une personne en fauteuil ne peut pas monter un escalier, quelles que soient ses cotes. Les textes prévoient pour elle un ascenseur ou une rampe, et l’escalier sert aux personnes qui peuvent marcher.
Quelle largeur pour un escalier PMR ?
En établissement recevant du public neuf, 1,20 m entre les mains courantes. Dans les parties communes d’un immeuble neuf, 1 m. À l’intérieur d’un logement, 0,80 m au minimum.
Quelle hauteur de marche pour un escalier PMR ?
Au maximum 16 cm en établissement recevant du public neuf, avec un giron d’au moins 28 cm. Dans les parties communes d’un immeuble neuf, la hauteur monte à 17 cm.
À quelle hauteur poser la main courante d’un escalier PMR ?
Entre 0,80 et 1 m, mesurés depuis le nez de marche, avec une main courante de chaque côté. Elle se prolonge d’un giron au-delà de la première et de la dernière marche.
Une maison individuelle doit-elle respecter les normes PMR ?
Pas lorsqu’elle est construite par un particulier pour son propre usage, selon le Code de la construction. Si elle est destinée à la location ou à la vente, les règles s’appliquent. Vérifiez votre cas avec le texte sur Légifrance ou un bureau de contrôle.
À quoi sert la bande d’éveil de vigilance ?
Elle prévient une personne malvoyante qu’elle approche d’un escalier. Elle se pose en haut de la volée, à 0,50 m de la première marche, avec un contraste visuel et tactile.

Artisan escalieriste depuis plus de quinze ans, j’ai appris mon métier aux côtés d’un compagnon du devoir avant de voler de mes propres ailes. Aujourd’hui je conçois et pose des escaliers sur mesure, en bois, en métal, en béton ou en verre, pour des particuliers et des architectes. Sur ce blog, je partage ce que j’ai appris sur les chantiers : les calculs, les matériaux, les pièges à éviter et les bons réflexes à avoir avant de se lancer. Pas de théorie creuse, juste ce qui marche vraiment.
